En ce 8 mai où l'on fête la fin d'une guerre, voici une chronique très soignée et positive sur ce récit qui parle du début d'une autre guerre. D'ailleurs, j'en profite pour proposer la lecture du court avant-propos que j'ai rédigé à l'occasion de cette réédition :

" La Première Guerre mondiale fut marquée par deux grands moments de liesse : le 1er août 1914, quand elle fut déclarée, et quand elle cessa, le 11 novembre 1918. Cela m’a toujours étonné, et d’une certaine manière effrayé, que des peuples tout entiers puissent se mettre en marche vers l’enfer en chantant et en riant. Avaient-ils donc oublié ce que la guerre apporte au monde : la mort, le chagrin, la haine, la misère… toutes les souffrances possibles et imaginables ? Si la mémoire ne leur avait pas fait défaut, n’auraient-ils pas préféré trouver une autre solution pour régler leurs comptes ? Quand l’envie m’est venue de raconter un épisode de cette terrible période, mon idée n’était pas tant de dénoncer cette folie qu’est la guerre que la perte de la mémoire. Car sans mémoire tout est possible, à commencer par le pire. Max part à la guerre plein d’espoir et d’excitation. Il ne fêtera pas la victoire, parce qu’il a perdu la mémoire, comme son peuple peu après, comme l’adversaire qui donna quelque quinze ans plus tard le pouvoir à des faiseurs de guerre. La mémoire n’est pas facile à entretenir en ces temps où le présent nous intéresse davantage. Puisse ce récit, à l’approche du centenaire de l’armistice de 1918, contribuer à la raviver comme on ravive la flamme du Soldat inconnu, et à nous protéger des erreurs du passé. "

 

La chronique est sur le site Des livres ! Des livres !

https://deslivresdeslivres.wordpress.com/2018/05/08/memoire-a-vif-dun-jeune-poilu-de-quinze-ans-arthur-tenor/

Mémoire à vif d’un jeune poilu de quinze ans – Arthur Ténor

En 1914, Maximilien a quinze ans et rêve de devenir correspondant de guerre. Il va clandestinement se glisser à travers les lignes pour rejoindre  » l’événement « , et en consigner l’essentiel sur ses précieux carnets : le terrible quotidien des poilus, les privations, la saleté, et surtout la mort en direct. Comme tous ses frères d’armes, il subira cette guerre et se rebellera contre l’inacceptable.

Paris, Samedi 1er août 1914 à 4 heures de l’après-midi, tous les clochers de France font entendre un sinistre tocsin : c’est la mobilisation générale !! Quelques minutes plus tôt, l’Allemagne a elle-même décrété la mobilisation générale et déclaré la guerre à la Russie.

La ville est en émoi mais aussi en liesse, enfin les français vont avoir leur revanche et reprendre l’Alsace et la Lorraine et reviendront juste à temps pour fêter Noël.

Maximilien a tout juste quinze ans et vit avec sa grand-mère qui est veuve. Il rêve d’être journaliste mais en attendant, il est vendeur de journaux à la criée pour Le Matin.

Le 30 août, Max comprend que la guerre ne va pas être si rapide que cela et propose au rédacteur en chef du grand quotidien de devenir correspondant de guerre. Il n’aura pas à le payer mais seulement à publier ses articles si il les estime suffisamment bons pour les lecteurs du journal.

Le rédac’ chef refuse, affirmant qu’il est trop jeune et qu’il a assez de journalistes pour couvrir la guerre mais Max, fou de rage, décide de partir quand même pour le front…

Comme vous le savez déjà, j’aime beaucoup lire des romans se passant autour ou pendant la première guerre mondiale. Et en cette année de commémoration, les éditions Gulf Stream ont eu la bonne idée de rééditer Mémoires à vif d’un jeune poilu de quinze ans, initialement paru en 2007.

Ce roman à destination des 9 / 12 ans, recommandé par l’Education Nationale, restitue avec réalisme le quotidien de ceux qui firent la Grande Guerre. Arthur Ténor propose à ses jeunes lecteurs, une véritable plongée dans l’horreur des tranchées, au plus près de la sauvagerie des combats.

Rien ne sera en effet épargné à Maximilien qui verra des hommes tomber au champ d’honneur, foudroyés en plein assaut mais aussi succombant à leurs blessures au coeur du No man’s land. Mais au-delà de l’horreur, l’auteur montre aussi la grande solidarité entre tous ces frères d’armes, qui se serrent les coudes quoiqu’il arrive.

Arthur Ténor montre aussi toute la bêtise de la guerre, les ordres insensés de l’Etat-Major pour tenir un village, une bande de terre, au prix de nombreux morts, la censure et comment la presse était à la botte du gouvernement.

C’est certes un sujet déjà-vu en littérature jeunesse mais la singularité de celui-ci c’est que l’on voit la guerre à travers les yeux d’un adolescent et que ce conflit nous ait dévoilé dans un grand réalisme et un vrai souci d’authenticité.

D’aucuns diront qu’il n’est pas réaliste d’avoir pris un héros aussi jeune. Il n’était pourtant pas rare que de jeunes volontaires mentent sur leur âge pour participer à l’effort de guerre. Il faut avoir en mémoire que le plus jeune soldat mort pendant ce conflit s’appelait Désiré Bianco et qu’il avait à peine 13 ans lorsqu’il trouva la mort le 8 mai 1915 à Gallipoli, dès son premier combat. Il porte à ce titre le matricule numéro Un au sein de la Légion des Mille.

Vous l’aurez compris, j’ai aimé ce court roman que je recommande aux jeunes lecteurs, car il aborde avec intelligence et réalisme la première guerre mondiale à travers les yeux d’un adolescent très attachant, et surtout les difficiles conditions de vie des poilus dans les tranchées.

Un grand merci à Gulf Stream éditeur pour cette lecture très intéressante !