A la fin de ce roman, j'ai cru devoir ajouter une post-face pour expliquer ce qui m'a amené à l'écrire. Je vous la livre ici, en espérant qu'elle suscitera des commentaires...

Pourquoi ai-je écrit ce roman ?

Il est très rare qu’un événement d’actualité, si terrible soit-il, m’inspire un rêve. Ce fut le cas la nuit qui a suivi les massacres de Paris, le 13 novembre 2015. Son impact sur mon inconscient a été tel que j’ai souhaité l’analyser, comme j’aurais pu le faire dans le cabinet d’un psychanalyste. C’est ainsi que j’ai écrit cette fiction dans laquelle je me suis efforcé de traduire ce rêve en mots, tel qu’il a marqué ma mémoire. Je précise qu’il s’est interrompu à la rencontre du terroriste et du jeune Timy dans le grand magasin.

Ma réflexion a d’abord produit une question : qu’est-ce qu’un terroriste ? Non pas pourquoi ni comment on devient terroriste, mais quelle sorte d’être humain est un terroriste au moment de son passage à l’acte ? Un début de réponse s’est formé, a priori trop simpliste : ce serait un fou. Bien. Mais c’est quoi un fou ? Un psy répondrait quelque chose du genre : « La folie est une altération majeure du rapport à la réalité. » Autrement dit, on aurait affaire à une personne souffrant d’une forme grave de schizophrénie, tel le docteur Jekyll qui se transforme en l’immonde criminel Mr Hyde . Un individu deviendrait donc terroriste sous l’effet d’une sorte de dédoublement de personnalité. Le docteur Jekyll serait celui qui n’a plus voix au chapitre, l’ange de raison qui, chez les gens « normaux », se refuse par compassion à faire souffrir autrui. Le second, Mr Hyde, serait cette voix démoniaque implantée dans la cervelle du terroriste par un quelconque gourou. Celui-ci, tel un esprit malfaisant, le manipulerait par des flatteries, des encouragements, des promesses mirobolantes, et surtout lui ferait perdre tout sens commun, celui par exemple qui fait qu’un être humain connaît le prix de la vie.

Les terroristes seraient des esprits malades qui ont rompu avec la réalité pour vivre dans un monde chimérique, fait de prédictions des plus farfelues, mais si douces à l’oreille de l’ego... « Tu es un héros, mon frère... Tu es l’élu... Ton âme sera sauvée... Et écoute bien : on te réserve une place de choix au paradis. » Dans mon roman, le terroriste que j’ai appelé Azied ne serait qu’un « brave » garçon, victime d’une maladie mentale qui l’aurait plongé dans un état hypnotique, l’amenant à commettre, tel un joueur dans un jeu vidéo, des actes dénués d’émotion. C’est certainement plus complexe, mais c’est déjà une piste de compréhension...

Admettons.

Comment attrape-t-on cette maladie ? En y réfléchissant, je me demande s’il ne s’agirait pas plutôt d’un symptôme, ou la manifestation d’un ensemble de désordres et de souffrances qui dépasse largement l’individu. On parle de manque de repères, de problèmes de personnalité, de chômage, de déceptions, d’échecs successifs, de rancœurs... Comme les partis extrémistes lors des grandes crises, le mal est opportuniste et prospère sur les misères du monde. Les germes pathogènes ne procèdent pas autrement.

Admettons.

Ce diagnostic posé, comment soigne-t-on ce genre de maladie ? N’étant ni psychiatre, ni médecin, ni gourou du bien, ni homme disposant d’un quelconque pouvoir hors celui de la parole, je resterai très prudent sur les suggestions, plus encore sur les remèdes. Je m’interdis les « Il faut qu’on... » et les « Y a qu’à... », ne retenant que quelques mots qui seraient autant de clés pour approcher des solutions : éducation, écoute, partage, envie d’avenir, humanisme, espoir, et sévérité envers les prêcheurs de haine qui fabriquent ces diaboliques semeurs de mort.

J’invite chacun à réfléchir à ce si délicat et douloureux mal du monde moderne, peut-être en cherchant à répondre à cette unique question, qui en comprend bien d’autres : existe-t-il un mal universel ? Existe-t-il un ennemi commun à toute l’humanité – du lointain aborigène d’Amazonie, à l’habitant de la plus profonde banlieue de Calcutta – un mal universel qui appelle l’union de tous, ainsi qu’on le voit dans des films de science-fiction, lorsque la Terre est menacée d’invasion par des forces extraterrestres hostiles ?

Je reviens à mon rêve : pourquoi mon inconscient a-t-il eu cette idée, à la fois invraisemblable et glaçante, de placer sur le chemin sanglant d’un terroriste un des êtres les plus chers à son cœur ? Était-ce pour « voir » sa réaction, tel un chercheur dans son laboratoire qui observe in vitro les effets d’une rencontre hautement improbable in vivo ? Était-ce l’espoir que celle-ci provoque un électrochoc si violent dans l’âme de ce terroriste que se réveillerait d’un coup en lui l’ange de raison, son Dr Jekyll, ainsi que le ferait le mot clé d’un hypnotiseur sur un sujet endormi ? Ma réponse est dans l’histoire que j’ai imaginée à partir de ce rêve. J’ajoute qu’elle fait écho à un passage du roman d’Albert Camus, Les Justes : un terroriste renonce à lancer sa bombe dans la calèche du grand-duc Serge à cause de la présence d’enfants. C’est ainsi que l’humain reprend le pas sur la bête de haine.

Pour conclure, si l’on doit déceler un message dans « Terroriste, toi ! », j’aimerais que ce soit celui-ci : la haine n’est pas la réponse à la haine. Bien au contraire, puisqu’elle est justement le mal qui génère le mal. C’est d'ailleurs pourquoi j’ai été bouleversé par la puissance émotionnelle du texte que le mari d’une des victimes du Bataclan, M. Antoine Leiris, a mis en ligne sur sa page Facebook*. C’est de l’humanisme pur.

Terroriste

* https://www.facebook.com/antoine.leiris?fref=ts